entrepreneur

Voici ce que j’ai appris de mes défaites

Je vais mettre les cartes sur la table: j’ai passé au travers d’une période difficile. À commencé par la fermeture de mon entreprise il y a près d'un an, j’ai ensuite perdu l’emploi d’une compagnie qui a aussi dû fermer ses portes. Je laisse tomber les détails de l’enchainement de situations plus déplaisantes les unes que les autres qui se sont enfilés dans ma vie comme dans un jeu de domino. Cela dit, j’ai toujours conservé une attitude positive et je suis très heureux de ce qui m’est arrivé. Ces mauvaises expériences m’ont rendu plus fort et je tiens à vous partager l’essentiel de ce que j’ai appris. 

Avoir l’expertise nécessaire

Peu importe l’entreprise que vous lancez, soyez certain d’avoir toute l’expertise nécessaire au sein des fondateurs. Ma première erreur que j’ai commise est d’avoir lancé une entreprise techno sans avoir aucune expertise en programmation et une connaissance trop limitée dans le marché. Maintenant que j’ai perfectionné mes connaissances dans ces domaines, si j’avais à refaire quelque chose dès le départ ce serait de suivre des cours de programmation sur le web afin d’avoir la base nécessaire pour construire moi-même les fondations de mon entreprise. Je crois aussi que c’est primordial d’avoir l’expertise nécessaire pour parler tous les langages que votre équipe utilise pour accomplir son travail sans nécessairement être un programmeur. Même chose pour le marché dans lequel vous vous lancez, vous devez connaitre tout ce qui se passe, tous les mouvements, tous les compétiteurs, toutes les technologies, sa taille, son potentiel, sa portée, etc. Rien ne doit vous échapper, vous devez être l’ultime machine de guerre prête à n’importe quelle adversité. 

Comprendre les finances

Vous n’avez pas besoin d’être comptable pour faire le suivi de vos finances. Mais tout entrepreneur doit prendre régulièrement le temps de planifier ses objectifs financiers, lire les états financiers, les comprendre, les comparer, faire des scénarios, et les planifier à nouveau. L’argent comme le temps sont le nerf de la guerre. Chaque seconde que vous dépensez est importante et vous devez être conscient que toute décision aura un impact financier à court, moyen et/ou long terme. Il n’est pas question ici d’être avare et ne rien dépenser, mais vous devez maitriser vos finances avec aisance pour les communiquer à vos associés, des investisseurs et votre banquier. Vos finances ont une histoire et c’est celle de votre entreprise, tâchez d’être un poète qui maitrise la langue et la communique avec une aisance désarmante. 

Trouver sa mission d’entreprise

Afin d’avoir du succès avec votre entreprise, il est essentiel que vous ayez en main une solution à un problème qui vous dérange personnellement et profondément. Le meilleur exemple à mon avis est celui de la compagnie TOMS: “Pour chaque paire que vous achetez, TOMS donnera une paire à un enfant dans le besoin, un pour un”. Le but de TOMS Shoes est de donner des chaussures aux enfants qui en ont besoin dans le monde, en particulier en Argentine, en Éthiopie et plus encore. Votre mission n’a pas besoin d’être aussi vertueuse, mais elle doit vous donner la motivation nécessaire pour continuer à travailler fort chaque jour de votre vie. Toutes les décisions seront plus faciles à prendre avec comme trame de fond une mission personnelle pour laquelle vous être prêt à sacrifier tout ce que vous avez. Le jour où vous vous retrouverez face à un mur plus gigantesque que le dernier et que pour un instant il vous viendra l’envie de tout abandonner, c’est votre mission qui vous donnera la force de continuer.

Connaître sa stratégie de sortie

Tout ce qui a un début a une fin. Choisissez dès le départ la fin que vous envisagez pour votre entreprise. Votre vision peut changer en cours de route, mais peut-être qu’en raison du marché il sera plus sage de la vendre à un plus gros compétiteur à un certain point ou vous désirez dominer le marché jusqu’à votre mort. Peu importe votre intention, soyez lucide et pensez-y dès le départ. 

Faire preuve de diligence avec les investisseurs

Il est fort probable que tôt ou tard vous ayez besoin d’argent pour passer à un autre niveau. Un investisseur n’est pas une banque, il n’est pas votre ami, c’est un homme (ou un groupe) d’affaires qui voit une opportunité avec votre compagnie dans son portefeuille. Assurez-vous qu’il sache déjà ce qu’il veut faire avec votre entreprise dès qu’il investit ne serait-ce qu’une minute de son temps. Faites toujours votre enquête sur ceux-ci avant d’aller trop loin dans les discussions. Martin Deslauriers m’avait dit un jour: si une personne n’est pas connue dans mon réseau, pour moi c’est un drapeau rouge. Donc si vous n’êtes pas en mesure d’avoir aucune information sur la personne qui vous offre de l’argent contre des parts dans votre entreprise, mon conseil est de cesser les discussions.

Ne jamais investir de l’argent qu’on ne peut pas perdre

La différence entre un joueur professionnel et un joueur compulsif est que le premier ne joue pas de l’argent qu’il ne peut pas perdre. Il n’utilisera pas sa carte de crédit pour acheter des jetons ou parier sa paie dès qu’il la reçoit. Ne mettez pas vos finances en danger, restez toujours dans une zone de confort raisonnable et mettez toujours de l’argent de côté pour les temps où ce sera moins facile. Ne vous payez pas moins que ce que vous avez besoin pour vivre, mais ne vivez pas non plus dans le grand luxe. 

Restez lean, et ne pas emmagasiner de graisse

Embaucher c’est la partie la plus amusante de la croissance. Lever du financement est aussi une expérience excitante. Mais restez loin des dettes et des embauches trop rapides. Pour chaque dollar que vous dépensez, vous devez prévoir en faire au moins deux. Vous devez agir comme un athlète professionnel qui s’entraine 365 jours par année et compte toutes ses calories. Chaque action fait une différence dans ses compétitions parce qu’il sait aussi que tous ses compétiteurs feront la même chose que lui, sinon ils le font mieux. Donc pour vous, chaque dollar et minute que vous investissez compte et il est important que cette habitude soit une seconde nature qui vous rend meilleur à chaque jour. 

Avoir du cran

Personne ne réussit sans essayer, et il faut souvent essayer plus d’une fois. Un jour lorsque moi et mon associé, Awane Jones, avions un échange concernant l’obtention d’une subvention, je maintenais que ce n’était pas possible, que nous n’avions pas les critères requis pour appliquer ET il m’avait dit: those who dare my friend. Eh oui, j’ai dû lui donner raison parce que si on ne déposait pas cette demande, 100% certain qu’on ne l’avait pas. Mais si je déposais, et bien j’avais probablement 95% de chance de ne pas l’avoir. Résultat, on a eu ce financement. 

Un associé c’est bien, deux c’est mieux, trois c’est trop. 

Un jour j’ai assisté à une conférence de Daniel Drouet dans laquelle il avait fait une mise en situation: imaginez qu’il est six heures du matin et que c’est votre troisième nuit blanche au bureau et que ça fait quatre mois que vous travaillez 16+ heures par jour. Si vous levez les yeux vous levez les yeux et regardez par la fenêtre les gens qui se rendent au travail l’air heureux, vous allez peut-être abandonner. Mais si à côté de vous se trouve votre associé qui est avec vous au combat, il est fort probable qu’il vous donne la motivation de continuer. 

Il y a une seule chose qui peut être problématique à être seulement deux cofondateurs; c’est le jour où vous tombez devant une impasse et que vous êtes profondément en désaccord avec l’autre, avoir un troisième associé pour trancher la question devient alors un atout exceptionnel. Mais plus que trois rend c’est trop de caractères différents à gérer, à mon avis.

Conclusion

Ce n’est pas tout le monde qui est capable d’être entrepreneur. Ça prend un caractère très spécial pour endurer les montagnes russes de la croissance d’une entreprise. Certaines personnes sont meilleures pour trouver des bonnes idées pour les mettre en marché rapidement et vendre rapidement pour passer au suivant. D’autres sont excellents pour la croissance jusqu’à une certaine taille. L’expérience n’a pas de prix, c’est aussi une drogue bien particulière qu’il vaut la peine d’essayer. Bonne chance !

 

Le grand saut inverse

Faire le grand saut c'est habituellement dire: je quitte mon emploi payant et sécuritaire pour me lancer en affaire. À l'inverse de ce phénomène qui est très en vogue avec ma génération, j'ai décidé de laisser derrière la compagnie que j'avais fondé avec mon associé après plus de cinq années de travail acharné pour redevenir un employé. Aussi étrange que cela puise sembler, cette décision a été motivé par ma nature entrepreneuriale. Le défi devant moi est plus grand que le confort relatif que j'avais atteint au sein de ma propre compagnie. Lorsque l'on démarre une entreprise, c'est la bataille des présentation. Nous devons faire du bruit, rencontrer le plus de gens possible, participer à toutes les conférences et vendre, se vendre, vendre nos idées parce que notre vie en dépend. Je ne crois pas qu'il y a quelque chose de plus stimulant au monde que l'expérience de démarrer une entreprise avec aucune autre ressource que nos idées farfelues. Par contre lorsque l'entreprise se stabilise après plusieurs années de travail, notre rôle de fondateur se transforme progressivement en gestionnaire. De mon côté par défaut, j'étais plus habile dans les finances, la gestion et l'administration général. Au final je suis devenu un gars de bureau, et je m'étais enfermé dans ce trou par nécessité. Je me sentais tourner en rond dans un confort relatif et je ne capitalisais pas mon plein potentiel. Je n'allais plus à la recherche de nouveaux clients, ne participais plus à des échanges d'idées de développement, devenais de moins en moins créatif et de plus en plus cartésien.  Je sentais au fond de moi que je n'étais désormais plus à ma place et que je devais bousculer ma vie pour aller chercher un nouveau sommet.  

En tant que fondateur et actionnaire, je suis arrivé à la conclusion que mon rendement était devenu insuffisant pour le rôle que je devais occuper et j'ai donc décidé, en quelque sorte, à procéder à mon congédiement. 

Quand on choisit le chemin entrepreneurial c'est un peu qu'on aime parfois se lancer dans le vide dans le but de trouver le moyen de fabriquer un parachute avec les vêtements qu'on porte avant de se frapper à la poussière du sol. C'est un peu ce que j'ai décidé de faire en rejoignant l'équipe d'Équation Humaine pour y faire du développement d'affaire. Mon désir profond derrière cette décision est de trouver des solutions à des problèmes, aider des entrepreneurs et des entreprises à atteindre le niveau supérieur et retrouver la passion de se battre et prover sa valeur. Je crois que beaucoup d'entre nous, entrepreneur ou entreprise, finissons par atteindre un plateau et nous sommes alors confronté à deux choix: accepter le statut quo ou faire un reboot.

Alors me voici, version 6.1. Oui il existe cinq versions antérieurs de mon évolution avec beaucoup de mises à jours dans le système. Mais ça c'est d'autres histoires.